ASIE/IRAQ - Début des restitutions de propriétés soustraites illégalement à des chrétiens et des mandéens de la part du mouvement de Muqtada al Sadr

jeudi, 4 février 2021 proche-orient   eglises orientales   justice   migrants   géopolitique   chiites  

Bagdad (Agence Fides) – Ce sont déjà 38 biens immobiliers – terrains et maisons – qui ont été restitués à leurs légitimes propriétaires dans le cadre de la campagne promue par le responsable chiite Muqtada al Sadr en défense des citoyens chrétiens et mandéens qui, au cours de ces dernières années, avaient subi des usurpations arbitraires de leurs propriétés de la part de particuliers ou de groupes organisés. Le lancement de la phase de restitution des biens illégalement soustraits à des propriétaires chrétiens ou mandéens a été annoncé le 3 février par Hakim al Zamili, responsable de premier plan du mouvement répondant à Muqtada al Sadr, ancien Président de la Commission pour la Sécurité et la Défense du précédent Parlement irakien. Dans sa déclaration, reprise par les moyens de communication irakiens, il a indiqué qu'une bonne part des propriétés soustraites illégalement à des irakiens chrétiens ou mandéens ont été pendant des années entre les mains de milices locales, de bandes locales ou encore de clans familiaux influents, confirmant que le phénomène des expropriations illégales au détriment des chrétiens a connu une augmentation rapide à compter de 2003, après les interventions militaires sous conduite américaine qui ont porté à la chute du régime baathiste.
Au début de cette année, ainsi que l'a indiqué l'Agence Fides (voir Fides 04/01/2021), le responsable chiite Muqtada al Sadr, chef de la formation politique sadriste qui jouit d'une forte représentation au Parlement irakien, a disposé la création d'un Comité chargé de recueillir et de vérifier des nouvelles et plaintes relatives aux cas d'expropriation abusive de biens immobiliers subis ces dernières années par les propriétaires chrétiens dans diverses régions du pays. La décision a été communiquée par une déclaration diffusée dans les premiers jours de cette année et portant les noms des collaborateurs de Muqtada al Sadr faisant partie du Comité. Sont également communiqués dans ce cadre les adresses de courriel et les comptes whatsapp auxquels les chrétiens peuvent envoyer les documents relatifs à la propriété de biens immobiliers – maisons et terrains – abusivement accaparés au cours de ces dernières années par d'autres personnes ou groupes de personnes.
Le but de l'opération – indiquait le communiqué - est de rétablir la justice en mettant fin aux violations des droits de propriété des chrétiens même lorsqu'elles ont été commises par le même mouvement sadriste. La demande de signaler les cas d'expropriation illégales subies s'adresse également aux familles chrétiennes ayant quitté le pays ces dernières années, les signalements pouvant être envoyés au Comité d'ici la fin du ramadan prochain.
Le phénomène de la soustraction illégale des immeubles des chrétiens a pu prendre pied également grâce à des connivences et à des couvertures fruits de fonctionnaires corrompus et malhonnêtes qui se mettent au service des imposteurs ou de groupes organisés d'escrocs (voir Fides 23/07/2015). Le vol « légalisé » des propriétés des familles chrétiennes est étroitement lié à l’exode massif des chrétiens irakiens ayant fait suite aux interventions militaires conduites par les Etats-Unis afin de mettre fin au régime de Saddam Hussein. Les escrocs s’approprient de maisons et d’immeubles demeurés vides en comptant sur le fait, facile à prévoir, qu’aucun des propriétaires ne reviendra réclamer la propriété.
Muqtada al-Sadr est connu pour avoir été également le chef de l’armée du Mahdi, la milice – officiellement dissoute en 2008 – créée en 2003 pour combattre les forces armées étrangères présentes en Irak après la chute du régime de Saddam Hussein. Les analystes ont enregistré au cours de ces dix dernières années différents changements chez le responsable en question. En 2008, il a en effet dissous sa milice et ne semble pas aligné sur l'Iran. Par le passé, Muqtada al Sadr en est arrivé à souhaiter le dépassement du système des quotas qui, depuis la fin du régime baathiste, est à la base de la gestion du pouvoir en Irak. Dans le pays bouleversé ces dernières années par l'offensive djihadiste et les péripéties liées au prétendu « Etat islamique » dont la base stratégique a été Mossoul jusqu'à sa défaite de la part d'un front hétérogène de forces, Muqtada al Sadr a tenté de se présenter en médiateur potentiel. C'est dans cette perspective qu'est interprétée la visite qu'il a effectué en juillet 2017 en Arabie saoudite pour y rencontrer le Prince Mohammed bin Salman. (GV) (Agence Fides 04/02/2021)


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