ASIE/INDE - Dénonciation de la société civile concernant « des violations des droits fondamentaux et de la liberté religieuse au sein de la vie démocratique de la nation »

mercredi, 27 janvier 2021 liberté religieuse   liberté de conscience   liberté   droits fondamentaux   politique   minorités religieuses  

New Delhi (Agenzia Fides) – Il est urgent de soutenir les droits fondamentaux reconnus par la Constitution indienne dans le cadre d'une phase critique de la vie démocratique de la nation pendant laquelle les droits fondamentaux et les libertés d'expression, de conscience et de religion sont violées : c'est ce qu'affirment de nombreuses organisations de la société civile, associations pour la protection des droits fondamentaux, forum d'églises et de communautés religieuses, au lendemain de la 72ème fête de la République, que la nation a célébré le 26 janvier.
En ce jour de 1950 en effet, entrait en vigueur la Constitution, un événement qui marqua un tournant dans l'histoire indienne, puisque elle garantissait les droits fondamentaux et les libertés civiles. Le Président de l'époque, Rajendra Prasad, premier Chef de l'Etat de l'Union indienne, observa dans son discours de la fête de la République de 1950 : « Notre Constitution est un instrument démocratique qui cherche à garantir à chaque citoyen la liberté qui est si inestimable. L'Inde n'a jamais poursuivi une opinion, une foi et notre philosophie nationale a de la place tant pour les dévots d'un Dieu personnel que pour un agnostique ou un athée. Dès lors nous pratiqueront, sur la base de notre Constitution, ce que nous avons hérité de nos traditions, à savoir la liberté d'opinion et d'expression ».
« La fête de la République de cette année a été célébrée alors que plane l'ombre de graves violations des droits fondamentaux qui minent les garanties démocratiques offertes par la Constitution de l'Inde. Le désaccord croissant de groupes de la société civile à l'égard des lois et politiques gouvernementales discriminatoires et anticonstitutionnelles rencontre actuellement une réponse toujours plus dure de la part de l'Etat. Des défenseurs des droits fondamentaux, des avocats, des journalistes, des écrivains, des poètes et des étudiants qui condamnent les actions ou l'inertie du gouvernement en matière de soutien aux principes de la Constitution sont étiquetés comme antinationaux et les arrestations arbitraires de la part de la police ainsi que les procédures judiciaires basées sur des preuves inventées ont porté à une condamnation internationale » remarque un réseau d'organisations indiennes et internationale dans une note envoyée à Fides. Parmi les personnes arrêtées, on se souviendra de la présence du Père Stan Lourduswammy SI, 83 ans, qui a toujours défendu les droits des adivasis et des dalits et se trouve aujourd'hui accusé de sédition et de terrorisme.
L'organisation d'inspiration chrétienne Christian Solidarity Worldwide indique dans un message envoyé à Fides : « Suite à l'introduction du controversé Citizenship Amendment Act (CAA) en 2019, norme qui viole les articles 14 et 15 de la Constitution qui protègent le droit à l'égalité et le droit à ne pas être discriminés pour des motifs de religion, les musulmans en Inde continuent à affronter une discrimination croissante en raison de leur foi ». CSW rappelle un épisode emblématique à cet égard. En octobre dernier, les maisons de 64 familles musulmanes du village de Bharasingri, dans le district de Sonitpur, en Assam, ont été démolies, faisant ainsi plus de 500 sans-abri. Les moyens de communication locaux ont indiqué que le Bharatiya Janata Party (BJP) avait mené une campagne accusant les musulmans d’être des immigrés clandestins provenant du Bengladesh avant la démolition ».
« L'article 25 de la Constitution protège le droit à la liberté de religion ou de credo selon lequel toutes les personnes ont un droit égal à la liberté de conscience et le droit de professer, de pratiquer et de diffuser librement la religion » indique le texte. « Toutefois les chrétiens sont victimes d'attaques ciblées contre leur foi dans tous le pays et en particulier dans les zones rurales où ils peuvent affronter l'ostracisme permanent qui influe sur leur moyens de subsistance. La rhétorique des partis nationalistes qui disposent de la majorité dans le pays, tels que le BJP, ou des organisations extrémistes hindoues, comme le RSS, constituent la source centrale de l'incitation à la haine et à l'intolérance vis-à-vis des minorités religieuses, et a alimenté les tensions communautaires, attirant même les préoccupations des détenteurs du mandat des Nations-unies » indique le réseau de la société civile.
John Dayal, activiste catholique et écrivain indien spécialisé dans le domaine des droits civils, déclare à Fides : « Je ne sais pas ce qui est plus inquiétant : la situation terrible de l'Inde en matière de standard de respect des droits fondamentaux et de la liberté de religion ou de credo ou encore la négation agressive du gouvernement. L'actuel gouvernement fédéral et de nombreuses administrations régionales arrêtent des écrivains, des intellectuels, des journalistes et des activistes et grâce à des tribunaux de premier degré, ces derniers se voient refuser la liberté sous caution. Les musulmans constituent le premier objet de haine et de violence alors que des prêtres chrétiens continuent à être molestés, agressés, ostracisés et détenus sous des accusations futiles. La fête de la République d'hier a été marquée par des protestations de masse face au pouvoir excessif de l'Etat. En 2020, ce furent les femmes à conduire la protestation. Cette année, c'est au tour de la communauté des paysans de contester trois lois qui ont un grave impact sur l'agriculture ».
Les ONG et groupes religieux se déclarent « profondément préoccupés suite à l'érosion des droits et des libertés fondamentaux reconnus par la Constitution », exhortant le gouvernement indien à « soutenir les principes sacrés contenus dans ce document qui lie ses citoyens à la recherche de la justice, de la liberté, de l'égalité et de la fraternité, et pour garantir que le pays ne s'éloigne pas de la vision sur laquelle il a été construit ». (PA) (Agence Fides 27/01/2021)


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