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CENTENAIRE DE LA MISSION DU SAHARA
Du vivant de Lavigerie
Quand en 1867 Monseigneur Lavigerie accepta le siège d'Alger,
ses collègues de France et son entourage furent surpris
et intrigués qu'il quitte le diocèse bien organisé
et prospère de Nancy pour aller aux "colonies"
où la situation était plutôt précaire.
Aussi, dès son installation à Alger, le nouvel évêque
s'empressa-t-il de s'expliquer sur les motifs pour lesquels il
avait accepté de traverser la Méditerranée.
On y trouve deux axes principaux de son programme:
1. Pour lui, Alger était un champ d'apostolat qui, en raison
même de sa nouveauté et de sa précarité,
méritait qu'on s'y intéresse et que l'Église
soit bien présente au développement de cette terre
devenue française depuis 35 ans. Mais, il voit aussi plus
loin que les rives de la Méditerranée. Comme il
le dit lui-même, "L'Algérie n'est qu'une porte
ouverte par la Providence sur un continent de 200 millions d'âmes.
C'est là surtout qu'il faut porter l'apostolat catholique...."
2. D'autre part, il encourage son clergé à ne pas
se limiter au seul service pastoral des chrétiens mais
à chercher également le contact avec la population
musulmane, selon sa phrase célèbre: "Je considère
tous les habitants de ce pays comme mes enfants, même ceux
qui ne me reconnaissent pas comme leur père".
Concernant la première perspective mentionnée, il
s'en était ouvert à Rome, ce qui amena la création,
en 1868, du Vicariat Apostolique du Sahara et du Soudan dont il
fut lui-même chargé comme Délégué
Apostolique en tant que représentant du Saint-Siège.
Quant au second projet, Mgr Lavigerie s'aperçut bien vite
que, vu leur nombre restreint, leur ignorance de la culture locale,
et l'étendue de beaucoup de paroisses, les prêtres
diocésains ne pouvaient mener de front les deux volets
de l'apostolat préconisé. Il fallait donc des hommes
préparés spécialement pour cette approche
du monde musulman. Aussi, en 1868 également, assiste-t-on
à la fondations des Missionnaires d'Afrique qui, rapidement,
pour les distinguer du clergé diocésain, seront
mieux connus sous le nom de "Pères Blancs ".
Le monde féminin ne fut pas oublié et, l'année
suivante, vit l'apparition des premières "Soeurs Blanches
". Cependant, ces initiatives n'étaient pas du goût
du Gouvernement Général de l'Algérie qui
appliquait un programme qui préconisait un développement
séparé pour les Français qui venaient s'installer
dans le pays et pour la population locale. Ceci était concrétisé
sur le terrain par un réseau de "Bureaux des Affaires
Arabes" chargés de s'occuper de l'administration des
populations. Se considérant comme les seuls habilités
a gérer l'évolution des musulmans, ces "Bureaux
Arabes ", comme on les appelait communément, prirent
ombrage des initiatives de l'évêque pour la création
d'écoles, de dispensaires et autres oeuvres sociales. Et
cela peut expliquer, en partie, que pratiquement jusqu'à
l'indépendance (1962), les Pères Blancs et Soeurs
Blanches se sont trouvés confinés aux mon-tagnes
de Kabylie et aux sables du désert...
Sans tarder, donc, au fur et à mesure que le nombre de
ces nouveaux missionnaires augmentait, le fon-dateur les envoya-t-il
principalement en Kabylie, cette région musulmane mais
de langue et de tradition berbères étant considérée
comme plus réceptive au message chrétien. Toutefois,
Mgr Lavigerie donna à ses disciples des consignes très
strictes concernant l'apostolat qui devait éviter un prosélytisme
agressif et apologétique, pour s'adonner en premier lieu
a gagner la confiance des habitants par l'exemple de la charité,
de la disponibilité à offrir des services qui, pendant
longtemps, seraient d'ordre humanitaire et social plutôt
que spirituel, les uns n'excluant pas les autres, selon l'action
de la grâce divine. Bien sûr, à cette époque,
étant donnée la ligne théologique générale
concernant le salut, on ne parlait pas encore de "dialogue
" interreligieux mais plutôt du "salut des infidèles
" et des voies possibles pour eux d'entrer dans l'Église,
puisqu'en dehors d'elle il n'y avait pas de salut...Mais puisqu'à
Rome on comptait sur lui pour que l'Évangile pénètre
en Afrique continentale, Mgr Lavigerie se préoccupa d'y
envoyer des missionnaires. A cet effet, il tourna son regard vers
le Sud algérien afin d'y pénétrer et d'établir
des "relais " vers l'Afrique subsaharienne.
En 1872, des Pères Blancs arrivent à Laghouat (400
km au sud d'Alger) et poussent jusqu'à Ghardaïa. Mais
devant l'hostilité des Bureaux Arabes et des leaders de
la communauté mozabite, ils se tournent, l'année
suivante, vers Biskra (Sud constantinois) et Géryville
(Sud oranais). Fin 1874, ils évitent d'entrer de nouveau
en conflit avec les autorités de Ghardaïa et s'implantent
chez les Chaamba de Metlili. Mais ils étaient tenus en
suspicion et étroitement surveillés. Un diaire de
l'époque note: "Les Bureaux militaires du Sud algérien
nous auraient volontiers ramenés à Alger sous bonne
escorte, si au-dessus du Général Subdivisionnaire
de Médéa, il n'y avait pas eu le Gal Wolf dont la
modération exerçait une influence pacificatrice
dans les conseils du Gouvernement". L'accueil ayant été
plus chaleureux à Ouargla, le P. Richard et deux de ses
confrères s'y installent en juin 1875. Mais on cherche
à aller plus loin. La ville mythique de Tombouctou qui
est le but de cette pénétration est à plus
de 2000 km de Metlili!
En 1876, trois Pères (Paulmier, Menoret et Bouchand) vont
risquer l'aventure à partir de Metlili. Ils partent le
15 Janvier. Ils seront tués, sans doute vers le 21 Janvier,
entre El-Goléa et In Salah...
Le résultat immédiat, c'est qu'on ferme Géryville
(mai 1877) et aussi Metlili (février 1878). Cependant,
il y a eu la fondation de Bou Saada en novembre 1877, mais Ouargla
est fermé provisoirement en août 1879 et le restera
jusqu'en 1891. On n'abandonne pas le projet, mais il faut chercher
une autre voie: on pense à Tripoli et Ghadamès (Libye).
C'est le P. Louis Richard, figure marquante de cette période,
qui est chargé de préparer une nouvelle tentative
pour rejoindre le Sahel. Installé à Ghadamès
en 1878, il multiplie les déplacements à travers
le désert et prend contact avec les Touaregs Ajjer. Alors
qu'il était prêt à partir avec deux compagnons
voici que l'on apprend le massacre de la Mission Flatters (1881).
Tout est remis en question mais, finalement, en octobre de la
même année, les PP. Richard, Pouplard et Morat se
mettent en route. Dans la nuit du 20 au 21 décembre ils
sont assaillis par leurs guides et massacrés.
Il devenait évident qu'il fallait trouver une autre voie
pour parvenir en Afrique continentale. Et le Cardinal Lavigerie
choisit d'orienter ses missionnaires vers l'Afrique centrale en
y envoyant un premier groupe en 1878.
Allait-on abandonner la mission du Sahara? La maison de Metlili
fut réouverte en 1883 et après des tractations longues
et difficiles on finit par s'installer à Ghardaïa
en 1887. Ce sera la seule station jusqu'en 1894.
Le Cardinal Lavigerie meurt en 1892. Presqu'aussitôt ses
consignes de prudence sont remises en ques-tion. En 1894, le P.
Malfreyt, devenu Provincial des Pères Blancs d'Algérie,
prend une grave décision. Selon ses propres termes, "le
temps de la sage réserve imposée par le Cardinal
semble fini" et il ordonne l'instruction religieuse à
tous ceux que l'on peut intéresser.
Ceci amena l'ouverture d'une école qui connut bien des
tribulations, tant de la part des autorités françaises
que de la communauté mozabite. Mais l'élan est donné:
la relation à la population et à l'administration
s'améliore. Même à la "paroisse "
il y a quelques consolations: à Pâques 1899, la chapelle
se remplit, il y a même du monde aux Vêpres et, durant
le mois suivant, aux prières du mois de Marie. A l'école,
qui est leur premier souci, les Pères ajoutent le soin
des malades et aussi l'accueil ou le rachat de jeunes esclaves,
car la Traite continue clandestinement
Mgr Anatole TOULOTTE (1891-1897)
Mgr Toulotte avait vécu à Metlili et connaissait
les conditions de vie et d'apostolat au Sahara. Il est sacré
comme Vicaire apostolique du Sahara et du Soudan le 12 juillet
1891. Le siège de cet immense Vicariat était a Bamako
(Mali), mais Mgr Toulotte préféra s'installer à
Ghardaïa qu'il connaissait mieux et parce qu'il n'y avait
pas encore d'implantation missionnaire au sud du Sahara. Son premier
souci fut de faire venir les Soeurs Blanches qui arrivent en décembre
1892. Entre temps, le P. Hacquard et deux autres Pères
Blancs sont revenus à Ouargla (mars 1891). En 1893, c'est
la fondation d'El-Goléa "dans un abominable gourbi
infesté de termites et personne n'est très chaud
pour laisser les "roumis " construire une chapelle".
Après le risque de suppression, la mission du Sahara a
donc repris de la vigueur. L'école de Ghardaïa fonctionne
bien mais connaît une mutation sérieuse, celle de
refuser les enfants juifs: de 119 élèves en 1895,
elle tombe à 30 en 1898. Quant aux Soeurs Blanches, elles
sont appelées à servir dans l'hôpital ouvert
par l'administration militaire. En 1895, elles inaugurent leur
propre hôpital à Biskra.
A partir de Ghardaïa, Mgr Toulotte doit se préoccuper
de visiter son immense diocèse et envoie un premier groupe
de Pères Blancs au Soudan (à Ségou) en 1894
sous la conduite du P. Hacquard. Mais "criblé de fièvres
et moulu de fatigues", il démissionne le 12 octobre
1897 et se retire à Rome où il meurt en 1907.
Mgr Auguste HACQUARD (1897-1901)
Nommé pour succéder à Mgr Toulotte, il est
sacré évêque à Paris en avril 1898.
Sous sa direction, une percée est faite vers les Monts
des Ksour (Aflou-Géryville) et les Soeurs Blanches sont
en service à l'hôpital d'El-Abiodh Sidi Cheikh de
1899 à 1902. L'homme du moment qui a marqué la région
de sa présence est le P. Giacobetti. Grand voyageur et
homme de contact, il a laissé de nombreux textes et notes
sur l'histoire et les traditions de ce secteur. A El-Goléa,
les Pères s'installent dans une meilleure maison; ils construisent
une chapelle au centre de l'oasis et ouvrent une école.
En 1899, c'est l'entrée des Français à In
Salah (400 km au sud d'El-Goléa et 1300 km au sud d'Alger).
Ceci amène l'installation d'un service de téléphone
et de télégraphie qui nécessita 4000 poteaux
(qu'il fallut amener de très loin) et 3000 chameaux!
On assiste donc à une consolidation de la mission pendant
le bref épiscopat de Mgr Hacquard qui mourut noyé
dans le fleuve Niger en 1901. Toutefois, les dia ires de l'époque
font état d'un certain essoufflement et sont assez pessimistes
sur l'attitude méfiante des populations et les maigres
résultats des efforts entrepris.
Mgr Charles GUÉRIN (1901-1910)
A la mort de Mgr Hacquard, l'immense Vicariat apostolique du Sahara
et du Soudan est restructuré. La partie saharienne en est
détachée et devient autonome sous le nom de Préfecture
Apostolique de Ghardaïa. Et c'est le P. Charles GUÉRIN
qui est nommé pour en prendre charge en juillet 1901. Il
n'a que 29 ans et 5 ans de sacerdoce!
Signalons que c'est en octobre de la même année que
Charles de Foucauld, qui vient d'être ordonné prêtre,
prend résidence à Beni Abbès. Il entretiendra
une correspondance très suivie avec le nouveau Chef de
mission. Il en résulta une amitié profonde car ils
étaient faits pour se comprendre et s'apprécier
mutuellement.
Sur le plan de l'apostolat, à la mort du fondateur, ses
consignes de réserve sont contestées. Les premières
conversions en Kabylie poussent à une action plus directe.
Mgr Guérin est hésitant. Il connaît les consignes
du Cardinal Lavigerie et recommande la prudence. Mais puisque
le but de la mission est de "sauver des âmes ",
il laisse agir les missionnaires qui, dans les écoles ou
par leurs contacts, prennent une attitude critique à l'égard
de l'islam et cherchent à attirer vers le christianisme.
En 1900, c'est le P. Louis David qui arrive dans la mission. Il
y mourra en 1966, ayant vécu 60 ans à Ghardaïa
où son tact, sa douceur et son intérêt pour
la tradition ibadite du Mzab contribueront largement à
gagner la confiance de la population.
En 1905, Mgr Guérin approuve le projet de Ch. de Foucauld
de se rendre au Hoggar sur l'invitation de son ami le Colonel
Laperrine; il est en effet, à l'époque, le seul
prêtre ayant la possibilité de s'installer dans ces
régions éloignées et encore inconnues.
Mais, en 1910, au retour d'un voyage à El-Goléa
où il est allé aider Pères et Soeurs à
soigner les malades d'une épidémie de typhus, Mgr
Guérin est lui-même atteint par cette maladie et
succombe en quelques jours. Il n'a que 38 ans et son décès
sème la consternation parmi ses missionnaires et ses amis.
Mgr Henri BARDOU (1910-1916)
Avec Mgr Bardou, la mission connaît une période de
turbulence. Intellectuel, docteur en théologie, très
bon arabisant, il ne croit pas à la mission de "présence
et de prudence". Il encourage une prédication directe
et agressive. Il étudie les auteurs musulmans et rédigent
des ouvrages d'une apologétique virulente qu'il cherchera
sans succès à publier en raison même de leur
ton trop polémique. Son manque de tact ne fera qu'augmenter
l'hostilité et la suspicion envers les missionnaires. La
mission est réduite à deux stations en raison du
départ aux armées de plusieurs Pères Blancs
en 1914. Lui-même mobilisé comme infirmier en 1916,
il démissionne et se retire complètement de la mission
du Sahara.
Mgr Gustave NOUET (1919-1941)
En raison de la guerre, il faut attendre trois ans pour la nomination
d'un nouveau Chef de mission. C'est le P. David qui assure l'intérim
jusqu'à l'arrivée de Mgr Nouet en 1919.
En 1920, suite à l'application en Algérie des lois
de séparation de l'Église et de l'État (1905),
les limites des diocèses sont modifiées, car les
"Territoires du Sud " ne sont pas touchés par
ces mesures restrictives à l'égard de l'Église.
La Préfecture de Ghardaïa hérite successivement
des paroisses de Géryville, Djelfa et Laghouat. S'y ajouteront
bientôt Aïn Sefra, Touggourt et Colomb-Béchar.
Plusieurs de ces stations seront dirigées pendant de longues
années (jusqu'à 40 ans!) par des responsables qui
les ont marquées de leur forte personnalité et de
leurs initiatives: les PP. Robin (Ouargla), Langlais (El-Goléa),
Foca (Touggourt et Biskra), Giacobetti (Géryville-Aflou),
Jolivet (Aïn Sefra).
Entre temps, un homme est désigné par le Conseil
Général des Pères Blancs pour réorienter
la mission en pays d'islam selon les directives de Lavigerie.
Il s'agit du P. Henri Marchal (qui fera ensuite partie du Conseil
pendant plus de 30 ans). Il fait évoluer la théologie
du "salut des infidèles " vers une vision plus
large de l'action de l'Esprit Saint dans les coeurs et exposera
ses idées dans un ouvrage qui a fait date: "L'invisible
présence de l'Église". Dans les années
30, il sera à l'origine de la fondation de l'IBLA à
Tunis, institut où seront formés les jeunes missionnaires
à la connaissance de l'arabe et de l'islam dans le respect
de la tradition musulmane.
Au Sahara, il y a tout de même quelques chrétiens
et catéchumènes qu'il faut aider même matériel-
lement, car ils sont le plus souvent rejetés par la société
locale. A partir de 1912, l'administration française confie
aux Pères et aux Soeurs d'El-Goléa l'éducation
d'orphelins ou de métis nés de l'union temporaire
entre des militaires français et des femmes du pays. Étant
automatiquement de nationalité française, on n'hésitera
pas à baptiser ces enfants et à les élever
chrétiennement. Il en résultera des foyers chrétiens
dont le nombre était estimé à 300 en 1960,
la majorité à El-Goléa même mais aussi
dispersés dans d'autre localités d'Algérie,
de Tunisie ou de France.
Dans plusieurs endroits on s'attaque à la situation de
grande pauvreté dans laquelle vivent la majorité
des Sahariens, soumis à des conditions climatiques peu
favorables (sècheresse), à des fléaux naturels
(sauterelles, oiseaux pillards, rongeurs) et régulièrement
affectés par des disettes et famines. On multiplie les
activités artisanales (centres d'apprentissage - cuir,
vannerie - pour les garçons, ouvroirs de tissage et broderie
pour les filles). Ceci évoluera lentement vers une formation
professionnelle organisée pour les garçons et des
écoles ménagères pour les filles.
Mgr Nouet n'est pas bien d'accord avec les idées du P.
Marchal et cherche à prévenir les interventions
du Conseil général des Pères Blancs dans
les affaires de sa Préfecture. C'est aussi sous son mandat
qu'on verra la fondation des Petits Frères de Jésus
par le P. René Voillaume (à El-Abiodh Sidi Cheikh
en 1933), et des Petites Soeurs de Jésus par PS Magdeleine
de Jésus (à Touggourt en 1939). L'ouverture du procès
de béatification du P. de Foucauld, en 1927, le conduit
à Tamanrasset en 1929; il en profite pour faire transférer
la dépouille du Fr. Charles au cimetière chrétien
d'El-Goléa.
Mgr Georges MERCIER (1941-1968)
Epuisé et malade après ces vingt années comme
Préfèt Apostolique, Mgr Nouët démissionne
en 1941, d'autant plus que la guerre et son cortège de
tribulations ont modifié la marche de la mission: mobilisations,
difficultés de communication avec l'Europe, etc. Il est
remplacé par Mgr Georges MERCIER, venant de Tunis. Il était
un des piliers de l'IBLA et donc bien au courant et acquis aux
méthodes d'apostolat rénovées par les PP.
Marchal et Demeerseman.
D'abord Préfet Apostolique, il devient Vicaire Apostolique
en 1946, la mission étant érigée en Vicariat.
Il est consacré évêque à Reims, son
pays natal, et en 1955 il deviendra Évêque de Laghouat,
la circonscription ayant été élevée
au rang de Diocèse.
C'est pendant les années de son mandat que la Mission du
Sahara a connu son plus grand essor. Il aura comme collaborateurs,
dans les années "60", 50 Pères Blancs,
120 Soeurs Blanches, une cinquantaine de disciples de Charles
de Foucauld (Petits Frères et Petites Soeurs) et un centaine
de laïques, chrétiens et musulmans. Dès la
fin de la 2ème Guerre mondiale, les régions des
Hauts-Plateaux (Djelfa, Laghouat, Aflou, Géryville) sont
frappées par une sévère famine, conséquence
de plusieurs années de sècheresse, qui décime
nomades et troupeaux. Mgr Mercier prit conscience du délaissement
des populations sahariennes et, à partir de ce moment-là,
mettra toutes ses énergies au service de la promotion humaine
et morale des habitants de son diocèse. Pour cela, il a
multiplié les démarches administratives et entretenu
une correspondance étendue, multipliant tournées
et conférences dans les milieux susceptibles de s'intéresser
au Sahara. Les écoles se développèrent et
les Centres de Formation professionnelle furent structurés.
Reconnus par une convention avec le Gouvernement ils vont se développer
à partir des années "50", complétés
par des cours de rattrapage scolaire (CPFP) et de pré-formation
qui vont s'étendre dans des annexes. Naturellement, la
découverte et l'exploitation du gaz naturel (Hassi R'Mel
1956) et du pétrole (Hassi Messaoud 1957) ont contribué
à l'essor de ce genre d'éducation par la création
d'emplois pour ouvriers qualifiés. La vie au Sahara en
a été profondément trans-formée. On
peut dire que, dans le Sud, l'ère pétrolière
a marqué l'entrée dans la modernité.
Mgr Mercier a aussi vécu la période de la guerre
d'Algérie pour l'indépendance et a participé
au Concile du Vatican II. On connaît ses prises de positions
fermes, en compagnie de Dom Helder Camara et des "petits
monseigneurs " en faveur d'une Église servante et
pauvre, au service des plus démunis ou des personnes et
des groupes marginalisés par une évolution de plus
en plus rapide.
Mais après 27 ans à la tête du Diocèse,
Mgr Mercier préféra céder la place à
un plus jeune, mieux à même de s'adapter aux changements
entraînés par les prises de position des autorités
du pays, ainsi que pour traduire concrètement les décisions
et orientations du Concile.
Mgr Jean-Marie RAIMBAUD (1968-1989)
A la Pentecôte 1968, c'est Mgr Jean-Marie RAIMBAUD qui lui
succédait. Il a tout de suite manifesté qu'il était
résolu de poursuivre la même ligne d'apostolat de
promotion humaine et celle du dialogue interreligieux fortement
recommandée par le Concile. Cependant, les années
"60" ont amené de profonds changements dans le
monde, que ce soit l'évolution des mentalités dans
les pays occidentaux ainsi que l'accession des pays africains
à l'indépendance. Le nombre des vocations sacerdotales
et religieuses commença à diminuer sensiblement
et, en 1976, le Gouvernement algérien décidait la
nationalisation de toutes les activités éducatives
et sociales de l'Église. Un peu plus tard, l'État
algérien décrétait l'arabisation totale de
l'enseignement et mettait fin à la présence de coopérants
étrangers dans la plupart des secteurs (santé, éducation,
etc.). Une page était tournée et il fallait à
nouveau être attentif aux "signes des temps ".
Cette période a aussi été marquée
par des contacts plus fréquents et plus suivis entre les
quatre diocèses du pays, tous frappés également
par les mêmes évolutions. En 1988, pour les 20 ans
d'épiscopat du P. Raimbaud, le Diocèse de Laghouat
a tenu un Synode diocésain visant à faire le point
sur la situation de la mission dans le cadre de l'Algérie,
25 ans après l'indépendance. Ce fut aussi l'occasion
de resserrer les liens entre les communautés de plus en
plus réduites et dispersées sur un immense territoire.
Ne faillait-il pas également approfondir les motivations
spirituelles et réorienter les activités dans un
contexte où le vieillissement commençait à
se faire sentir et les effectifs à diminuer... Par ailleurs,
en octobre de la même année, les foules algériennes
descendaient dans la rue pour exiger un changement d'orientation
après 26 ans de dirigisme socialiste. Il en résulta
une nouvelle Constitution plus libérale, ouverte au multipartisme
et encourageant les initiatives des citoyens, notamment à
travers le mouvement associatif.
Mgr Michel GAGNON (1991- )
En juin 1989, Mgr Raimbaud décédait presque subitement
l'âge de 64 ans. C'est à Mgr Michel GAGNON que Rome
fit appel pour lui succéder. Ancien de la mission du Sahara
(1958-1972), il y revenait après un long détour
de 19 ans au Yémen, comme évêque de Djibouti
et ensuite recteur du PISAI (Rome). Installé dans ses nouvelles
fonctions à Pâques 1991, il prenait résidence
à Laghouat au début de septembre. C'était
quelques mois avant les élections législatives de
décembre qui ont été annulées et qui
ont plongé l'Algérie dans une crise aux composantes
politiques, religieuses, économiques et sociales. Ajoutons
à cela la coïncidence avec le démembrement
du "bloc socialiste" avec lequel l'Algérie socialiste
avait entretenu des relations très suivies. Autre élément
important, qui a cristallisé et drainé une partie
de la contestation, fut la montée de l'islamisme conservateur
et radical. L'Algérie est vraiment à une "croisée
des chemins ", situation qu'elle partage avec beaucoup d'autres
pays arabes et musulmans, devant choisir entre un repli sur soi
qui risque de l'asphyxier et une ouverture au monde extérieur
en pleine mutation et dont les enjeux font peur car ils obligent
à avancer en terrain quasi inconnu. Les pays de l'hémisphère
Sud n'ont pratiquement pas accès aux niveaux de décision
ni au contrôle des nouvelles technologies et se sentent
entraînés vers un mode de vie et de relations étranger
à leur tradition ; d'où les réactions souvent
violentes des mouvements et partis politiques hostiles à
la modernité et à la mondialisation. En conséquence,
l'image de l'Algérie apparaît comme très négative
à l'étranger; la Mission éprouve des difficultés
à renouveler ses permanents et se voit limitée dans
ses initiatives, bien que très sollicitée pour de
multiples services.
Toutefois, le fait d'avoir traversé ces années d'épreuve
en solidarité avec le peuple algérien et au prix
du sacrifice de 19 de siens, l'Église d'Algérie
s'est acquise un "droit de cité" qui dépasse
le nombre de ses membres et où elle est de plus en plus
acceptée pour ce qu'elle est plutôt que pour ce qu'elle
fait. Il y a donc des enjeux de taille mais nous les abordons
avec confiance dans le Christ, notre Chef de mission, confiance
égale-ment en l'avenir de l'Algérie et avec la conviction
que les croyants sincères peuvent s'accepter avec leurs
différences et unir leurs efforts pour faire face aux défis
d'aujourd'hui en mettant en commun leurs ressources humaines et
spirituelles dans un monde fortement matérialisé
et laïcisé. Ce monde a vécu en septembre dernier
des événements qui ont remis en question bien des
choses concernant les relations internationales. Pour le moment,
c'est l'usage de la force qui prédomine, mais une réflexion
plus profonde est aussi amorcée sur les causes de ces violences
et sur l'évolution de ce qu'il est convenu d'appeler "le
nouvel ordre mondial ", lequel a trop eu tendance à
favoriser les pays plus avancés, marginalisant ceux qui
ont de la peine à suivre ou leur imposant des conditions
quasi insupportables sur le plan de la justice et celui de l'égalité
et de la solidarité entre les peuples.
En conclusion, la célébration de ce Centenaire nous
fait réaliser que la Mission est toujours aussi nécessaire.
L'exemple des anciens et anciennes, qui ont oeuvré dans
des conditions souvent très difficiles, sans jamais se
décourager doit nous soutenir pour avancer comme eux dans
la foi et la confiance en Celui qui a promis d'accompagner son
Église jusqu'à la fin des temps.
Ghardaïa, le 5 novembre 2001.
+ Michel Gagnon, m.Afr.
évêque de Laghouat
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